Lire Des Livres.fr » Victor Hugo » La Esmeralda » SCÈNE III.

SCÈNE III.

QUASIMODO, [caché ;] CLAUDE FROLLO, CLOPIN.
       CLAUDE FROLLO.
    Donc Phoebus est à Montfort ?
       CLOPIN.
    Monseigneur, il n'est pas mort !
       CLAUDE FROLLO.
    Pourvu qu'ici rien ne l'amène !
       CLOPIN.
    Ne vous en mettez pas en peine,
Il est trop faible encor pour un si long chemin.
    S'il venait, sa mort serait sûre.
    Monseigneur, soyez-en certain,
Chaque pas qu'il ferait rouvrirait sa blessure.
    Ne craignez rien pour ce matin.
       CLAUDE FROLLO.
   Ah ! qu'aujourd'hui du moins seul je la tienne,
    Pour vivre ou mourir, dans ma main !
Enfer, pour aujourd'hui je te donne demain !
[A Clopin.]
Bientôt on va mener ici l'égyptienne.
    Toi, que de tout il te souvienne !-
    Sur la place avec les tiens...
       CLOPIN.
      Bien.
       CLAUDE FROLLO.
       Tiens-toi dans l'ombre.
    Si je crie : A moi ! tu viens.
       CLOPIN.
      Oui.
       CLAUDE FROLLO.
       Soyez en nombre.
       CLOPIN.
    Donc si vous criez : A moi !...
       CLAUDE FROLLO.
      Oui.
       CLOPIN.
       J'accours près d'elle.
    Je l'arrache aux gens du roi...
       CLAUDE FROLLO.
    Bien.
       CLOPIN.
       A vous la belle !
       CLAUDE FROLLO.
    A la foule mêlez-vous.
      Et peut-être
    Ce coeur deviendra plus doux
      Pour le prêtre.
    Alors vous accourez tous...
       CLOPIN.
      Oui, mon maître.
       CLAUDE FROLLO.
    Tenez-vous partout serrés.
       CLOPIN.
    Oui.
       CLAUDE FROLLO.
      Cachez vos armes
    Pour ne pas donner d'alarmes.
       CLOPIN.
    Maître, vous verrez.
       CLAUDE FROLLO.
    Mais que l'enfer la remporte,
      Compagnon,
    Si la folle à cette porte
      Me dit non !
    Destinée ! ô jeu funeste !
    Ami, je compte sur toi.
    Sur la chance qui me reste
    Je me penche avec effroi.      
CLOPIN.
    Ne craignez rien de funeste,
    Monseigneur, comptez sur moi.
    A la chance qui vous reste
    Confiez-vous sans effroi.
[Ils sortent avec précaution. Le peuple commence à arriver sur la place.]